Histoire de CD

Bien sûr qu'à partir du moment où l'on commence à être un peu à l'aise avec un instrument de musique, on a envie de graver un CD. Comme tout le monde ça me démangeait et j'avais fait quelques petits essais à la maison en m'enregistrant seul à l'aide de mon matériel d'amateur. Des quelques discussions que j'avais pu avoir avec des musiciens ayant déjà tenté et réussi l'expérience, il ressortait deux choses:

  • un certain flou en ce qui concerne les coûts de revient, surtout pour une auto-production
  • le coût important du studio d'enregistrement quand celui-ci est digne de ce nom.

 J'avais enfoui l'idée au fond de ma valise d'harmonicas et elle n'en serait probablement jamais sortie sans la providence. Elle prit la forme d'un ami qui, passionné de son, a monté un studio professionnel. Associé à un deuxième compère, musicien de formation, ils sont à même de proposer le dernier cri des matériels disponibles sur le marché et un avis-conseil, en matière musicale, de qualité, le tout dans un local superbe au point de vue isolation sonore.

Cet ami m'a donc fait une proposition très intéressante en termes de prix et là, j'ai commencé à gamberger. Qu'allais-je jouer? Grâce à ma très modeste expérience en peinture, je me suis rendu vite compte qu'il fallait une certaine homogénéité dans le choix des morceaux et qu'il serait désagréable pour le futur auditeur de devoir entendre un peu tous les styles. Il ne s'agissait pas de prouver que je pouvais jouer un peu tout et n'importe quoi mais de placer l'écouteur dans une ambiance à peu près cohérente.

Les morceaux furent donc choisi dans cet esprit et comme les chansons douces me plaisaient........

Il ne s'agissait que de reprises de morceaux existants, donc se posait le problème des droits d'auteur. Je n'avais bien sûr aucune connaissance en la matière. Après quelques coups de téléphones à la SACEM, je recevais un formulaire dit "demande d'autorisation pour la reproduction oeuvre par oeuvre" avec la notice associée. Une formule simple me permettait de calculer combien je devrai payer en fonction du prix de vente du CD et du nombre fabriqué.

Petite anecdote au passage, comment s'appellent les auteurs et compositeurs des airs que je joue. Quant on joue sur partition, en général c'est indiqué dessus, mais quand on joue d'oreille comme moi??? Là aussi, après un chassé croisé de poste en poste à la SACEM, je tombais (après y être déjà passé deux fois) sur "le" service qui allait me donner les noms recherchés. Une dame charmante se mit en quatre pour me renseigner allant même jusqu'à corriger les titres que je croyais être bons. Merci le service "des interprètes notoires".

Un flot de questions surgit alors:

  • Quel prix de vente?
  • Où vendre?
  • Qui fabrique des CD?
  • Quelle quantité fabriquer et combien ça coûte?

Quel prix de vente: à combien fixer le prix de vente? Quelques discussions là encore m'apprenaient que pour un amateur non connu comme moi, il ne fallait pas espérer pouvoir vendre un CD plus de 100F/15-16 Euros. Je décidais alors de ne pas dépasser la barre symbolique des 15 Euros.

Où vendre? Là, la décision fut vite prise, je ne me mettrai pas dans les circuits commerciaux et je ne vendrai mon CD qu'aux relations ou lors de mes prestations en public.

A ce propos, une idée ne m'a jamais effleurée: la rentabilité. Il ne s'agissait pas pour moi de faire de l'argent mais de me faire plaisir. A partir de là, il ne m'importait que de disposer d'assez d'argent pour pouvoir le sortir quitte à ne pas rentrer dans mes fonds.

Qui fabrique un CD? Ça s'appelle comment une maison qui fabrique des CD? Après une longue recherche sur Internet, de nombreux coups de fils, je finissais par tomber sur un fabricant de CD. Son catalogue allait encore me provoquer une prise de tête pas possible.

Quelle quantité fabriquer et combien ça coûte? 1 000, 10 000, 100 000, plus t'en fais et moins chaque exemplaire coûte cher mais au total 10 000 c'est quand même plus cher que 1 000. Toujours la providence, sous forme cette fois-ci d'un collègue qui avait du faire fabriquer un CD de data, me permettait de trouver un fabricant qui acceptait de n'en faire que 500 pour moins cher que 1000 même si chaque exemplaire revenais plus cher individuellement.

Quel aspect? Boîtier plastique, pochette carton, digipack 3 volets,.... En monochromie, bi, quadri... Livret simple pli, double, quadruple.... C'est quoi le livret? Avec ou sans jaquette, c'est quoi la jaquette?

Le livret c'est le petit feuillet, souvent plié en deux, que l'on glisse sur le dessus du CD. La jaquette c'est l'arrière du CD avec les deux ailes repliées qui permettent de voir le titre sur la tranche. Quadrichromie, ça veut dire toutes les couleurs.

C'est comment un CD vierge? C'est brillant et sans inscription aucune. Si on veut un fond de couleur, c'est déjà de la monochromie et si on veut écrire sur le fond de couleur c'est déjà de la bichromie et ça coûte plus cher.

Au fait qu'est-ce qu'on va y mettre sur le livret, sur la jaquette? Montrer un joueur d'harmonica en train de jouer, c'est stupide. Il a les mains devant sa bouche et on ne voit que la moitié de son visage. De plus, dans le cas d'un harmonica diatonique, c'est si petit qu'on ne le voit pas dans ses mains. Quant au joueur qui pose, le sourire béat, en montrant son instrument dans sa main, c'est ringard. Et puis il faut que la photo soit en liaison avec le contenu, toujours pour l'homogénéité. Et puis il faut un titre et le nom de l'interprète et une disposition harmonieuse.....

C'est là que je me suis rendu compte que j'avais fait une erreur de débutant en choisissant d'abord les morceaux à jouer pour ensuite leur coller une image et un titre. Le tout doit faire l'objet d'une réflexion globale et préalable. Le titre du CD a changé au moins 50 fois jusqu'à ce qu'un beau matin, dans ma salle de bain (faut dire que ça m'obsédait) l'évidence se face jour, un titre qui collait avec l'image du baroudeur romantique. La simplicité, il n'y a rien de tel.

Pour l'image, pareil, ça a tourné en rond pendant des semaines jusqu'à ce que la sensibilité féminine s'en mêle. Tu le veux un peu romantique ton CD, me dit-elle, et bien il n'y a qu'à ajouter des fleurs. Bon sang, mais c'est bien sûr. Et l'harmo fut transformé en pique-fleurs. Ma tronche on la verrait plus tard sans harmo en bouche, sans mains devant le visage.

La jaquette d'"harmonica en poche" sera un "harmonica en poche", là encore, tout simplement. Quant au texte à l'intérieur du livret, après une dizaine de réécritures, il rassemblait, en très peu de mots, le thème des chansons du passé, l'image du baroudeur au travers d'un voyage non pas dans l'espace mais dans le temps et l'aspect portable de l'harmonica. Un complément de détails serait fourni sur mon site pour parfaire la communication.

Je me rends compte au fur et à mesure que j'écris ces lignes que mes amis, copains et relations ont fait beaucoup pour m'aider à sortir ce CD. Prenez le dessin par exemple, il ne suffit pas de faire de belles photo numériques encore faut-il mettre tout en forme pour que l'on puisse tirer des films qui serviront à la sérigraphie. Encore un copain de sollicité et le tour était joué.

Financement

Je m'aperçois que je parle plus argent que musique. Mais, il faut bien hiérarchiser les tenants et les aboutissants. J'entretiens moi aussi le flou mais jamais deux situations ne seront identiques et le coût final en dépend. Bref en résumé, l'aventure allait me coûter.... 1 mois et demi de salaire.

Etait-ce bien raisonnable? Je décidais alors de revenir à la source, c'est à dire la musique. J'enregistrerai et après on verrait bien si ça vaut le coup. Néanmoins un plan de financement commençait à s'esquisser.

Je pouvais couvrir la moitié de la dépense par mes économies, ça payait le studio et les droits d'auteur. Pour financer la fabrication, je décidais de tenter de convaincre des sponsors tout en étant conscient de l'hypothétique de la chose et de lancer une souscription auprès de mes collègues de travail. Mes Patrons furent donc mis dans la confidence et ils m'autorisèrent à distribuer environ 700 affichettes. Via la messagerie électronique interne à l'entreprise, c'est environ 250 personnes supplémentaires que je pouvais approcher. Enfin via le courrier électronique, c'est environ 100 fidèles de mon site Internet que je pouvais contacter. C'est le moment que choisit mon micro ordinateur pour partir en fumée me faisant perdre ces 100 contacts. Un petit millier de gens contactés, il suffisait que 10 à 15% souscrivent pour que ça passe plus ou moins à l'aise. Etait-ce jouable????

Revenons à la musique

Les morceaux étaient choisis mais combien fallait-il en enregistrer à l'intérieur de mon choix?

Discussions, écoutes, dix à douze semblait un bon nombre. Après analyse de ce que chacun d'entre eux pouvait apporter et de l'enchaînement des morceaux, treize fut retenu pour amener un certain mouvement dans l'écoute. De fait, l'ordre était fixé, il ne subira qu'une légère modification à l'écoute.

Rendez-vous pour la prise de son fut arrêté, les CD d'accompagnement étaient prêts, je m'octroyais trois jours à la maison pour répéter, un peu comme on bachote un examen. Il aura fallu 18 heures sur 3 jours pour tout mettre en boîte, y compris les couacs.

La pièce où je joue est d'un silence oppressant, en plus il y fait froid (demain j'amène un pull). Je suis surveillé par un miroir et une caméra vidéo. Rien autour de moi sauf un micro monté sur élastiques protégé de mes postillons par une bonnette en voile noir. Un casque sur les oreilles, je ressemble à un pro. Un fil rouge rentre dans le mur. De l'autre coté, "mes" deux ingénieurs du son jouent avec une souris (informatique), deux écrans et 36 000 petits boutons. Ils me parlent dans le casque, "ça tourne". Et bien vous me croirez si vous voulez, j'ai le trac.

Premier morceau enregistré, je les rejoins, j'écoute: "que c'est mauvais". Eux me disent que c'est très bon et que la première prise est souvent la meilleure. Quelques manipulations de boutons et ce qui pourrait être le son définitif apparaît alors. Eh, pas mal !!! Ils m'expliquent que le son brut dans une pièce neutre en matière de résonance, ça fait toujours ça. Quelques fausses notes ou contretemps, on pourrait faire du copier/coller, non, non, on ré-enregistre sur une autre piste, on mixera plus tard.

On enregistre d'abord celles que je crois être les plus faciles repoussant pour la fin celles que je maîtrise moins bien. C'est incroyable, alors que d'habitude elle passent "nickel", là, il y a des tas de petits "loupés". Qu'à cela ne tienne, on refait, petit bout par petit bout. La première aura pris 2h30 pour un résultat ???? Déjà neuf heures du soir, à demain les copains. Je serais sorti des 3 séances lessivé, vidé, plus fatigué qu'après un concert.

Le doute ne me quitte pas. Ce que je joue là, pourrai-je vraiment le proposer à l'écoute du public??? Ce public, ça va être mes collègues, au moins au début. Oserai-je leur faire écouter ça???? Il me faudra me raisonner pendant l'enregistrement. Au pire, je n'aurai fait cet enregistrement que pour moi, point final.

Déçu - frustré.... je n'ai entendu que le bruit brut, sans arrangement. Il faudra attendre le "pré-mix" pour enfin "voir" ce que ça rend. Et j'ai attendu trois semaines. Il paraît qu'il faut se donner ce laps de temps après un enregistrement pour laisser retomber la pression et re-écouter le tout plus sereinement. Trois semaines de doutes, ça use les nerfs.

Le "pré-mix" c'est un mixage fait par les gars du studio selon leur goût. Et comme le leur n'est pas forcément le mien, c'est sur cette base que je vais, à mon tour, choisir de modifier ceci ou cela. Le mixage, c'est ce qui donne une âme à l'interprétation. Un truc bien joué et mal mixé c'est pire que le contraire. Coup de chance (enfin,... presque) j'ai eu le pré-mix juste avant de partir en vacances. J'ai donc pu passer du temps à écouter, réécouter et écouter encore en notant sur mon cahier: à 0'12 augmenter ceci, à 0'37 baisser cela, à 1'25 refaire un prise pour fausse note, à 2'44 décaler cause contre temps, augmenter tel effet, diminuer telle piste, supprimer telle autre de 1'42 à 1'57. Etc., etc., etc. ... Ce temps d'observation, je le sous-estimais, pour 45 minutes de musique, je suis à peu près convaincu que j'ai bien passé 45heures d'écoute critique. Je le connais déjà par-coeur, mon CD, et je suis sûr que j'entends des trucs que personne d'autre n'entendra. Jusqu'où faut-il aller dans le détail. Une chose est sûre, c'est qu'il faut compter ce temps dans le planning et je ne l'avais pas prévu. J'ai été sauvé par mes vacances et je ne suis pas près d'oublier les heures passées le long de la piscine, casque sur les oreilles, stylo à la main et les yeux rivés sur le chronomètre.

Le pré-mix, ça commence à avoir de la "gueule". Durant toute cette aventure, j'aurai alterné doute et confiance, c'est usant. Maintenant je commence à y croire, à tel point que mon formulaire pour les droits d'auteur est posté et que j'attends de savoir si mon calcul est juste où si de petites corrections ont été apportées par la SACEM, du style: oeuvre du domaine public = réduction des coûts.

Madame a lu et relu les textes, trouvé une ou deux fautes d'orthographe et je suis confiant de ce coté là............. Et toc, la bavure grosse comme le nez au milieu du visage, Giorgia doit en réalité s'écrire GEORGIA. On n'a pas fini de regarder tous les détails.

En attendant de repasser au studio pour la finalisation, je lance la souscription. Distribution des affichettes et envoi de l'e-mail. En même temps le site est mis à jour.

Anecdote: je ne suis pas superstitieux, je passe souvent sous les échelles, les chats noirs me laissent attendri et les parapluies ouverts à l'intérieur, c'est la meilleure façon de les faire sécher. Néanmoins, j'ai quand même fait la démarche de choisir une pochette de ma couleur porte bonheur pour stocker tous les documents que je commence à accumuler.

La souscription

Tout de suite les premiers retours. "C'est super ce que tu fais là, tu m'en mets un de coté". Bon sang, les gens ne savent donc pas que souscription veut dire: "tiens, je t'avance l'argent". Que c'est avec cet argent que je vais le faire fabriquer. Que me prendre le CD après coup, c'est super gentil mais encore faut-il que je puisse le faire fabriquer. Problème de communication, j'aurai du être plus explicite sur mes affichettes.

Les collègues féminines en tête, les premiers chèques commencent à arriver. Le liquide aussi. Vendant 15 Euros, j'ai vite appris que je devais avoir en permanence quelques billets de 5 Euros pour rendre la monnaie, sinon envolé le souscripteur.

Séquence émotion: je l'avais perdu de vue depuis une dizaine d'année ce collègue parti à la retraite. Lui se balade sur Internet en général et sur mon site en particulier. Voyant mon appel à souscription, il m'envoie un chèque pour 10 CD mais n'en demande qu'un seul. Je suis tout ému.

Les Sponsors: Qui peut être intéressé, en terme de retombées publicitaires, par un harmoniciste inconnu. C'est là qu'il faut faire pédaler les neurones. Le boulanger du coin, peut-être pas le mieux pour mon image de marque personnelle.

Retour au studio pour la finalisation.

Il y a tellement de données sur l'ordinateur que bien souvent le pré-mix ne comportait pas les corrections que l'on avait déjà faites. En fouillant un peu, toutes les bavures avaient déjà fait l'objet d'une correction. Il ne suffira que de choisir les bonnes pistes, d'ajouter quelques effets et en 8 heures sans manger, le son définitif était dans la boîte. Je n'aurai repris l'harmo que pour deux ou trois notes. Au lieu des deux séances prévues, une seule va suffire. Du coup je m'offre un petit plaisir, on ré-enregistre une improvisation qui viendra s'inscrire dans un des morceaux. Maintenant j'y crois. Il y a au moins une personne qui aimera ce CD.... moi et c'est déjà beaucoup.

Quelque part déjà la nostalgie s'installe. L'harmonica, c'est terminé pour le CD. Maintenant ce n'est plus que de la finance.

Retour sur la finance

C'est décousu comme texte. On saute d'un sujet à l'autre. Mais ça reflète bien tous les trucs que j'ai du mener de front.

La souscription est prévue durer deux mois. Et pour pouvoir faire fabriquer il me faut vendre entre 100 et 150 CD par anticipation. Après deux semaines, 40 collègues et/ou amis se sont manifestés. Un mécène pour 10, une commande pour 10 soit un total de 59 CD de déjà vendu. Tous les espoirs sont permis à ce stade. En grattant mes fonds de tiroir, ce n'est plus qu'une trentaine qu'il me faut vendre pour boucler la boucle à moins que des sponsors ne viennent réduire cette quantité.....

Il me faut aussi penser aux CD que je vais devoir offrir. Avant tout, à ceux qui m'ont aidé de près. Au premier titre de ceux-là, Madame et son pique-fleurs. Ensuite il faut aussi penser au coté promotionnel. A qui dois-je en donner pour me faire connaître afin d'en vendre quelques uns.

Je réaffirme que le coté "faire de l'argent" n'a pas été le moteur de ma démarche, mais quand on fait un CD, c'est quand même un peu pour qu'il soit écouté. Donc il faut en vendre. On peut aussi les donner, mais la plus part des gens vous le diront: "si c'est donné, c'est que ça ne vaut rien".

Nuages gris dans un ciel rose:

J'ai écris ce texte d'abord pour moi même, pour me souvenir dans quelques temps de toutes les phases par lesquelles je suis passé. Je voulais aussi, au travers de mon site web, pouvoir donner toutes les infos utiles pour l'harmonica. Graver un CD peut en faire partie. Bien sûr, mon histoire ne sera pas celle d'un autre, mais plutôt que de partir de rien, puisse l'amateur tentant la même expérience, avoir quelques notions de ce qu'il faut ou ne faut pas faire, de ce à quoi il faut s'attendre, bien que, je le répète, chaque aventure est différente.

Mon histoire de CD pourrait aussi s'écrire "histoire de s'aider". Le nombre de coups de main, de témoignages de sympathie qui m'ont été prodigués fait très chaud au coeur. Quant au nuages gris, si je les cites ici, ce n'est pas que je sois guidé par la rancune mais plutôt pour avertir ceux qui tenteraient une expérience similaire que "plus il y de soleil et plus il y a d'ombre".

(sic) "Tu sais ton CD, faudra nous le faire entendre pour qu'on te le critique. Si c'est mauvais, il vaut mieux qu'on te le dise avant qu'après"

MUMMMMMM, QUE ÇA FAIT DU BIEN D'ENTENDRE ÇA

(sic) "tu m'en mets un de coté"

(moi) "tu peux le réserver dès maintenant, j'ai ouvert une souscription pour pouvoir financer la fabrication"

(sic) "non, non, moi je ne marche pas dans ces trucs là. Je te le prendrai quand il sera sorti."

MUMMMMM, ET ÇA...., ÇA NE FAIT PAS FREMIR DE PLAISIR. J'avais dépensé mon temps sans compter pour aider ce collègue à maîtriser l'informatique. Je pensais, lui ayant beaucoup donné, avoir mérité sa confiance. Mais on ne sais jamais, des fois que je file à l'anglaise avec ses 15 Euros. Et puis tout le monde ne peut pas avoir le goût du risque, 100 balles, c'est 100 balles, même pour quelqu'un qui gagne 4 fois le SMIG.

Bon, j'arrête là. Ce n'est pas très beau donc ça n'a pas sa place ici.

La souscription, suite

Ça rentre le pognon, c'est extra. Des collègues relativement éloignés viennent spontanément encourager (concrètement) le jeune talent.

Merci toutes et tous, vous êtes super.

ET ÇA..., ÇA FAIT VRAIMENT TRES CHAUD AU COEUR, POUR SUR.

A tel point que le budget total est bouclé avec un mois d'avance. Mais au fait, c'est mon anniversaire. Un souscripteur anonyme me fait parvenir une participation pour 13 CD. Je n'ai pas mis longtemps à découvrir le souscripteur masqué. Merci à mon seul vrai et unique sponsor depuis 30 ans (et au passage: bisou).

La bonne surprise

Je reçois le "devis pour reproduction" de la SACEM (ou plutôt du service s'occupant de la perception des droits d'auteur, la SDRM). Leur calcul est inférieur au mien et voilà 140 Euros de gagnés. Je demande pourquoi ou je fais le mort. La SACEM représente un certain nombre d'auteurs mais pas tous. Si par malchance il me faut l'accord d'un auteur non représenté en France ça va être très difficile et mettre le CD en retard. J'ai demandé le détail, tous les titres sauf un qui relevait du domaine public étaient couverts et ça faisait quand même 140 Euros de moins que la formule. Ça me suffisait pour ne pas chercher à en savoir plus.

Bon, faisons le point:

Le son est prêt. Le budget est bouclé. La SDRM est payée et j'attends son "bon à tirer". Reste quelques petits détails à arranger sur la pochette (le livret, pardon). Ça se précise sérieusement.

Dernière démarche

Mon grand Directeur sera-t-il intéressé à figurer au rang des sponsors. Sa secrétaire est une copine, elle intercède auprès de lui et la réponse n'est pas "non" mais, "voyez avec le service communication". Le service "comm" m'a déjà fait un superbe article dans le canard interne, une page entière avec photo et pub pour le CD. Faut dire qu'on se connaît depuis longtemps et qu'ils sont hyper sympa. Discussion, "brain storming" (en Français: tempête de cervelles), ça peut faire un cadeau d'entreprise intéressant émanant de l'intérieur. C'est bon en terme d'image de marque d'autant que le produit apporte quelques garanties de qualité, tant en matière de son que d'image (j'ai bien fait de choisir la quadrichromie).

Si la "comm" est suivie par le Patron, ce sera la réussite complète. Mais, du coup, il faut que j'attende sa réponse avant de finaliser les remerciements sur le livret. Enfin bon, puisque j'ai un peu d'avance sur le planning initial.

Ce sera oui, merci Patron.

A propos de planning, là aussi je me suis fait avoir comme un bleu. Ce CD va sortir en juillet mais la plus grande part des manifestations qui m'auraient permis de présenter mon CD au public a lieu en juin. La fête de la musique, les festival d'harmonica. En juillet les gens commencent à ne plus être là. Et comme je n'ai pas vraiment l'intention de courir les plages pour vendre mon CD.....

J'ai poussé sans relâchement pour que le CD soit prêt pour juillet et en fait j'aurais du commencer plus tôt pour être prêt en juin. Ça me rappelle un truc de La Fontaine comme quoi partir à temps.... On n'a fait pas fait mieux depuis.

Doc Harmonica:

Paul "Doc harmonica" animait le groupe de discussion sur l'harmonica sur Internet. Je lui dois beaucoup. Je viens d'apprendre qu'il venait de perdre la guerre qu'il menait contre son cancer. "Je te dédie ce disque Paul".

C'est parti

J'ai tout, la musique définitive, les images définitives, le budget définitif et la bénédiction de dame SACEM..... faut y aller. Une petite enveloppe contenant le tout et dans moins de 15 jours je devrai pouvoir livrer. Je vais mettre à profit ce "temps libre" pour mettre mon site à jour (j'ai décidé de citer tous ceux qui m'ont aidé). Et puis il y a la fête de la musique, on va pouvoir oublier un peu l'administratif pour enfin pouvoir ................. rejouer de l'harmonica.

Commentaires à tiède:

On n'est pas à chaud car depuis 6 mois que je suis sur ce projet, j'ai eu le temps de réfléchir un peu quand même. On n'est pas à froid non plus car l'aventure n'est pas totalement terminée. Mais déjà quelques impressions se dégagent:

  • beaucoup, beaucoup de témoignages de sympathie et d'encouragements de tout mon environnement, (une grande partie de ce CD est dû à de nombreux petits coups de main, on est loin du showbizz où tout se monnaye),
  • ému par des gestes de générosité et le soutien que ce soit de la part de mon épouse ou de copains, de collègues,
  • une certaine prise de risque car si la souscription n'avait pas fonctionné, soit j'allais à la banque soit j'allais au casse-pipes, voire les deux,
  • plus d'administratif que de musique (enfin, je ne compte pas les heures de répétition d'avant),
  • fier quelque part d'avoir réussi à piloter seul l'ensemble de l'opération,
  • quelques erreurs d'ordre général, totalement rattrapées ensuite.
  • La quantité de temps, bien que pour le mixage, on ait travaillé pour moi (et mieux que je n'aurais su le faire). Dans le chapitre du temps, la quantité de petits temps morts et l'importance de l'écoute.

Le voilà

500 CDs, ça fait 50 kg. Je vais enfin pouvoir "livrer" tous ceux qui m'ont fait confiance. Exactement 7 jours ouvrés après avoir posté le chronopost depuis mon petit village, je prenais possession de la marchandise. Le plaisir de distribuer. La crainte d'une faute d'orthographe vicieuse ou d'un "klong" dans la gravure de la musique. Attente des retours................

Bilan, conclusion, etc.

Compte tenu du contexte, c'est à dire, un financement au travers de mes relations (collègues, hiérarchie, amis, abonnés de mon site), cette aventure est humaine avant d'être musicale. Au moment de livrer, le goût qui me reste en bouche est un mélange d'amitié et de sympathie quelque peu altéré par beaucoup d'administratif. Du formulaire de la SACEM jusqu'au petit encart de remerciement, en passant par les messages e-mail d'information, les affichettes de souscription, le suivi rigoureux des souscripteurs et de la monnaie à rendre, les 36000 contacts divers, le soucis du planning, la mise à jour du site, tout a été minutieusement étudié, pesé, rédigé, synchronisé. Chaque démarche a été entamée au bon moment. Mais que la musique me semble loin et, de plus, je l'ai écoutée tellement de fois, afin d'être sur de ne laisser passer aucun gros "bug", qu'elle ne fait plus rien. Emotion zéro, c'est frustrant.

Mon envie aujourd'hui, c'est d'oublier mon CD pour mieux le redécouvrir plus tard. Mais ça, je n'ai pas le droit de l'avouer car je ne vendrai certainement pas un CD pour lequel je n'affiche pas la joie de l'avoir fait.

Déjà on m'a dit: " à quand le prochain?". Avec votre permission, on va faire une petite pause.

Pourtant, quelque part, la petite graine a déjà commencé à germer..... Je me surprends des fois à penser à un nouveau thème, à un nouveau titre, à de nouvelles orchestrations, à un nouveau financement. STOP. Repos maintenant et ............. musique.

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